Gauthier Delomez 23h45, 22 octobre 2022, modifié à 8h33, 23 octobre 2022
Cinq mois après la réélection d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy, qui l’a soutenu lors de la présidentielle, a accepté de répondre aux questions du Journal du dimanche (JDD). L’ex-président de la République continue de suivre la vie politique, et partage son analyse des premiers mois du second mandat d’Emmanuel Macron. Il réagit également au meurtre de la petite Lola, “un acte ignoble”, et s’agace de la grande partie des Obligations de quitter le territoire (OQTF) qui ne sont pas exécutées. Europa 1 propose quelques passages forts de cet entretien.
Sur son soutien à Emmanuel Macron : “Si c’était à refaire, je le referais”
Nicolas Sarkozy ne regrette pas d’avoir glissé un bulletin au nom d’Emmanuel Macron lors du second tour de la présidentielle. “Comme tout le monde le sait, je l’ai soutenu. Et si c’était à refaire, je le referais”, explique l’ancien président. Qui poursuit : “La politique n’est jamais un choix de valeur absolue, toujours un choix de valeur relative.” S’il “ne voulait pas” de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, l’homme politique de 61 ans estime qu’aider Macron était “dans l’intérêt de la France, la meilleure décision possible”.
Il garde cependant une certaine distance avec l’actuel locataire de l’Élysée. “Est-ce que ça veut dire que je suis d’accord avec tout, ou que je suis satisfait de tout ? C’est une autre histoire”, a-t-il confié à nos confrères du JDD. Lors de cette élection présidentielle, la candidate républicaine, Valérie Pécresse, a réalisé un score très faible au premier tour. “Pour pouvoir choisir un candidat au second tour, encore fallait-il qu’il soit qualifié. Ou qu’il ait une chance crédible de l’être”, assure l’ancien président de la République.
Sur Emmanuel Macron : “Parfois, j’aimerais qu’il franchisse le Rubicon”
S’il met en avant les qualités de “sang-froid, de modération et d’expérience” d’Emmanuel Macron, bien qu’il se souvienne qu’il vient de la gauche, Nicolas Sarkozy “parfois j’aimerais qu’il franchisse plus franchement le Rubicon, car aujourd’hui la France est surtout sur le côté du parti de l’autorité, de la fermeté, de la liberté (…) Si j’avais un souhait, ce serait que la matrice politique du président se rapproche de la matrice du pays telle que je la ressens”, ajoute-t-il.
Pour franchir ce Rubicon, l’ancien président des Républicains souligne qu’Emmanuel Macron « a des intuitions et une expérience indéniables. Mais je remarque que parfois il peut être tenté de s’arrêter au milieu du gué. temps’ », fait face Nicolas Sarkozy.
Le meurtre de Lola, “un drame absolu”
“J’ai appris avec consternation ce qui était arrivé à Lola. Comme tout parent d’une fille du même âge, je pensais que cela aurait pu lui arriver”, raconte Nicolas Sarkozy au JDD. “Des fous, des barbares, des hommes ou des femmes, cela a toujours existé. Je voudrais qu’on ne mélange pas tout”, poursuit l’ancien chef de l’Etat, rejetant la délicate question du faible taux d’exécution de l’OQTF dans cette affaire
“La non-exécution des décisions de quitter le territoire n’est pas en cause. Cela m’aurait de toute façon gêné si cet acte ignoble avait été commis par un Français”, avoue l’ancien locataire de l’Elysée. Pour lui, “la mort de Lola, quel que soit le criminel, est un drame absolu. Mais je tiens à ajouter que si Lola était encore en vie, je serais encore scandalisé par la non-exécution des expulsions à la frontière”, a-t-il ajouté. maintient. ajouter.
“A mon époque, les OQTF n’étaient pas à 6% d’exécution”
Dans l’affaire du meurtre de Lola, le principal suspect était visé par une Obligation de quitter le territoire. “Il y a longtemps qu’on aurait dû s’inquiéter de la non-exécution des expulsions à la frontière”, explique Nicolas Sarkozy, revenant sur sa visite à l’Élysée. “La législation avait changé. J’ai été littéralement insulté pendant mes cinq années de mandat par tous les gens des ‘droits de l’homme’ parce qu’on est allé jusqu’à organiser des lettres de retour aux pays d’origine.”
Avant de pointer du doigt le bilan du “successeur immédiat”, il a fait allusion à François Hollande. « De mon temps, les OQTF n’étaient pas à 6 % d’exécution, même si des progrès avaient été faits. Tout l’arsenal législatif de lutte contre l’immigration irrégulière que nous avions mis en place a été systématiquement démantelé par mon successeur immédiat. Gérald Darmanin a raison de demander plus de fermeté. “, assure Nicolas Sarkozy.
Sur la poursuite de la guerre en Ukraine : c’est “aïe” d’être inquiet
L’ancien chef de l’Etat aborde aussi la guerre en Ukraine, et pour lui il faut “aïe !” s’inquiéter “J’aimerais qu’on m’explique un jour ce que signifie faire la guerre sans faire la guerre”, dit-il. “S’il y a un concept qui demande à être clarifié, c’est bien celui de la guerre et de la paix. Soit on fait la guerre, soit on fait la paix. Combiner les deux n’a pas beaucoup de sens. En tout cas, quand on les utilise en même temps”, explique Nicolas Sarkozy.
Il affirme également qu’Emmanuel Macron “a parfaitement raison de vouloir garder le contact avec Vladimir Poutine. Comment arrêter la guerre sans parler aux belligérants ?”, ajoute qui avait notamment rencontré le maître du Kremlin en tant que président de la République. en juin 2007.
Sur la crise énergétique : le résultat d’un “choix stratégique irresponsable”
Parmi les sujets abordés avec nos confrères du JDD, Nicolas Sarkozy s’est exprimé sur la crise énergétique que traverse la France. Si le pays est menacé de coupures d’électricité cet hiver, pour l’ancien locataire de l’Élysée, ce risque « est le fruit d’un choix stratégique irresponsable, en rupture totale avec l’histoire de la Ve République ». Tous les présidents, dont François Mitterrand ( …) ont soutenu le nucléaire, jusqu’à François Hollande qui, pour séduire les écologistes, a pris le risque absurde de suspendre l’avenir du nucléaire français”, fustige Nicolas Sarkozy.
Pourtant, lorsqu’il a été décidé de fermer l’usine de Fessenheim avec le premier quinquennat de Macron, “malheureusement, le train était bien parti quand (Emmanuel Macron) a pris les rênes de l’Etat”. Depuis, il a changé d’avis. … dans le bon sens”, remarque l’homme politique, qui surveille donc la vie politique française.