Plusieurs cas d’infections invasives à streptocoques du groupe A ont été signalés en France en décembre, dont 3 décès. Également au Royaume-Uni, en Espagne et en Belgique. Symptômes, transmission, danger, traitement : tout savoir sur les streptocoques.
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[Mise à jour le 13 décembre 2022 à 16h50] Plusieurs cas pédiatriques d’infections invasives à streptocoques du groupe A, principalement chez des enfants de moins de 10 ans, ont été rapportés en Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine. L’augmentation de ces infections est “très marquée depuis novembre (2022) chez les enfants avec des taux supérieurs à ceux de 2019”, indique Santé publique France le 12 décembre. Pour autant, “la situation épidémiologique actuelle n’est pas liée à l’apparition d’une nouvelle souche bactérienne mais principalement à deux génotypes déjà connus”, rassure l’agence avant de souligner que ces infections “s’inscrivent dans un contexte où durant les deux années 2020 et 2021, probablement en lien avec les mesures barrières mises en place pour le Covid-19 “sa” fréquence était particulièrement faible”. Ce streptocoque est une bactérie qui peut provoquer des infections bénignes comme l’angine de poitrine ou la scarlatine et, plus grave, des infections dites « invasives » avec un risque mortel. Le 6 décembre dernier, la Direction générale de la santé (DGS) faisait état du décès de deux enfants et d’un adulte d’une infection invasive à streptocoques du groupe A. Les enfants étaient également hospitalisés en réanimation. Ces affaires n’auraient aucun lien entre elles selon la DGS. Les cliniciens ont été invités à effectuer un test systématique d’orientation diagnostique rapide (TROD) pour le streptocoque A en cas d’angine de poitrine et à effectuer un prélèvement de gorge en cas de tableau clinique de scarlatine, en cas de TROD négatif. Le Royaume-Uni a également signalé une augmentation des cas d’infections invasives à streptocoques du groupe A ces derniers jours avec l’émergence dee 15 décès parmi les enfants. L’Espagne signale également ces infections : 16 mineurs auraient été testés positifs, dont deux sont décédés dans la région de Madrid, rapporte The Independent. La Belgique a enregistré 5 décès, dont un enfant, selon LeSoir.be.
“Une infection streptococcique est une attaque microbienne car le streptocoque est une bactérie (un être vivant unicellulaire rudimentaire qui a un métabolisme). Une infection se caractérise par une attaque sur un ou plusieurs tissus avec généralement une destruction partielle des tissus infectés”, informe le Dr . Stéphane. Gayet, infectiologue et hygiéniste aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. “Ce processus infectieux a deux composantes principales : les bactéries pathogènes se divisent rapidement et forment une masse critique invasive (virulence) et elles produisent aussi des toxines très dangereuses”, précise-t-il. Il existe de nombreuses bactéries dans le genre Streptococcus. Les infections à Streptococcus A (Streptococcus pyogenes) et B (Streptococcus agalactiae) sont désormais moins fréquentes en raison de la forte consommation d’antibiotiques ; cependant, ces streptocoques sont restés sensibles aux antibiotiques, donc moins de personnes les portent.
Entre 1500 et 2500 infections invasives à streptocoque A sont déclarées chaque année en France.
Le streptocoque du groupe A peut être responsable d’infections invasives graves comme on le voit en France fin 2022. Dans ce cas, il peut provoquer des infections cutanées nécrosantes, des infections puerpérales, des pneumopathies et pleuropneumopathies, et des méningites, selon Santé publique France. Ces infections peuvent être associées au syndrome de choc toxique streptococcique (STSS), dû à la production d’une toxine. « La létalité des infections invasives à streptocoques du groupe A est estimée à 20 % toutes pathologies confondues (plus élevée pour les formes sévères comme les SCTS). Ces infections invasives (IISGA) justifient une antibiothérapie », rappelle la Direction générale de la santé le 12 décembre. La surveillance des infections invasives, dont celles liées au streptocoque du groupe A (Streptococcus pyogenes), réalisée par Santé publique France, s’appuie sur le réseau EPIBAC. Les données EPIBAC montrent que les infections invasives à SGA (Streptocoques du groupe A) ont augmenté régulièrement entre 2003 et 2019. Durant cette période, elles ont touché environ 1 500 à 2 500 personnes chaque année, dont près de 10 % étaient des enfants de moins de 10 ans. En 2020, l’incidence de ces infections a diminué et cette tendance s’est poursuivie en 2021. “Cette diminution était probablement liée à la mise en place sans précédent sur l’ensemble du territoire de mesures barrières individuelles et collectives dans le cadre de la gestion de la pandémie de COVID-19”, précise l’EPIBAC. . .
Les streptocoques A et B sont assez similaires. Ils appartiennent au même groupe de streptocoques. “Ce sont des souches virulentes et toxigènes, notamment le streptocoque A”, précise le Dr Stéphane Gayet. Le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A ou Streptococcus pyogenes est spécifique à l’homme. “Son habitat est le fond de la gorge, donc le pharynx, et il a un riche pouvoir pathogène”, renseigne l’infectiologue. Il est souvent responsable d’infections bénignes et non invasives, telles que l’angine de poitrine, l’impétigo et la scarlatine. Plus rarement, il est responsable d’infections invasives graves.
Streptococcus B (Streptococcus agalactiae) n’est pas spécifique à l’homme bien qu’il s’agisse principalement d’une bactérie humaine. On le retrouve chez certains animaux mais l’échange avec l’animal est rare. “Son habitat, c’est l’intestin et le vagin”, enseigne le Dr Stéphane Gayet. Elle peut devenir dangereuse en cas de grossesse où elle peut être transmise au nouveau-né au moment de l’accouchement et provoquer des infections graves telles que des méningites ou des pneumopathies. C’est pourquoi un dépistage systématique en fin de grossesse est réalisé par prélèvement vaginal. En cas de résultat positif, un antibiotique est administré par voie intraveineuse à la mère à titre préventif depuis le début du travail jusqu’à l’accouchement.
Les symptômes dépendent de l’emplacement. “Le streptocoque A en particulier donne des signes très marqués. Les symptômes (ce que vous ressentez) et les signes (ce que vous voyez) sont très forts : très forte fièvre (39-40•C), frissons, douleurs, détérioration de l’état général.. “, informe le Dr Stéphane Gayet. “L’érysipèle (infections cutanées) se manifeste par une rougeur étendue d’un membre ou du visage, une très forte fièvre, des frissons”, précise-t-il.
Les streptocoques A et B ne sont pas des bactéries commensales (qui appartiennent physiologiquement au microbiote). Il n’est pas “normal” d’avoir des streptocoques dans notre corps, mais les gens sont des porteurs sains : ils les hébergent, les tolèrent et ne le savent pas car ils ne développent aucune maladie mais sont contagieux. Ils peuvent transmettre des streptocoques. “Par exemple, un porteur qui a mis ses mains dans sa bouche peut propager le streptocoque A ou B en serrant la main d’une autre personne. Tout ce qui entre dans la bouche est la principale voie d’entrée des ‘streptocoques A et B’, explique le Dr. Stéphane Gayet. “On peut être contaminé sans le savoir, d’où l’importance d’avoir des mesures d’hygiène systématiques : se laver les mains avant de toucher les aliments, après avoir mis les mains dans la bouche et avant de les mettre en bouche…”, recommande ce spécialiste.
“La contagiosité (durée pendant laquelle une personne reste contagieuse) devient quasi nulle après 48 heures de traitement antibiotique”, informe le Dr Gayet.
Une très forte fièvre, des frissons, des douleurs, une détérioration de l’état général sont des signes avant-coureurs.
► Le streptocoque A est à l’origine de l’angor rouge (érythémateux) ou rouge avec des points blancs (érythémato-pultaci), de la scarlatine, une forme plus grave d’angor. Elle provoque également des infections cutanées : l’érysipèle, une infection grave qui nécessite souvent une hospitalisation, et qui est plus fréquente chez les personnes en surpoids ou présentant des troubles de la circulation lymphatique et veineuse ; impétigo, surtout dans les pays tropicaux. Au cours d’une infection invasive plus grave, Streptococcus A est également à l’origine de septicémies souvent mortelles, notamment de septicémies du post-partum (fièvre puerpérale), dermoépidermatites nécrosantes (fasciite nécrosante, cellulite nécrosante) qui surviennent surtout à l’hôpital après l’intervention chirurgicale. Il existe également des pneumonies dues au streptocoque A. Certaines infections invasives peuvent se compliquer d’un syndrome de choc toxique streptococcique, dû à la production d’une toxine.
► “Le streptocoque B a un pouvoir pathogène un peu moins intense. Il est particulièrement redoutable chez le nouveau-né”, enseigne l’infectiologue. “Les nouveau-nés peuvent avoir une septicémie après la naissance en raison d’une contamination vaginale lorsqu’une femme est porteuse du streptocoque B dans le vagin, explique-t-il. C’est pourquoi un prélèvement vaginal et rectal est réalisé en fin de grossesse, à la semaine 35. Si c’est positif, le vagin est temporairement décolonisée avec un traitement antibiotique avant l’accouchement”, précise le spécialiste. Streptococcus B provoque également une angine de poitrine et une septicémie chez les adultes.
Une infection à streptocoque A entraîne souvent un passage important de la bactérie dans le sang.
“Le diagnostic est essentiellement clinique. Un médecin expérimenté détecte rapidement un…