Si on savait que le vaccin COVID-19, comme la plupart des vaccins, pouvait interrompre les menstruations chez les personnes aux menstruations normales, de nouvelles observations montrent que les femmes ménopausées voire les hommes transgenres sont également concernés, notamment par les hémorragies les plus abondantes.
Je pense qu’il est important de savoir que ces effets peuvent se produire, alors n’ayez pas peur, n’ayez pas peur ou soyez pris au dépourvu, a déclaré la première auteure Katharine Lee au New York Times, chercheuse et anthropologue biologique à la Washington University School of Médecine dans le Missouri.
Le cri des personnes atteintes d’utérus (Nouvelle fenêtre), depuis le début des grandes campagnes de vaccination contre le COVID-19, a motivé les chercheurs à mener cette recherche approfondie.
Il s’agit de la plus grande étude à ce jour sur la relation entre le vaccin COVID-19 et le cycle menstruel. Grâce à une enquête en ligne, des chercheurs de l’Université de l’Illinois et de la faculté de médecine de l’Université de Washington ont recueilli des données associées à 39 129 personnes vaccinées.
Bien que des biais puissent être observés (les effets post-vaccinaux sont autodéclarés par les répondants), l’étude, menée par une majorité de femmes, souligne que l’objectif était d’abord de délimiter les expériences vécues du plus large éventail possible de personnes. Il s’agit également d’une étude rare où l’échantillon ne se limite pas aux femmes cisgenres.
Saignements intenses… ou surprenants
La recherche qui a précédé celle récemment publiée dans Science Advances a principalement analysé les effets du vaccin sur la durée des règles, avant et après l’injection d’une dose, plutôt que, par exemple, les caractéristiques des saignements menstruels.
De plus, cette publication met également en lumière les différents groupes de personnes concernées et les changements spécifiques observés, paramètres absents d’études importantes comme celle publiée dans la revue Obstetrics & Gynecology (Nouvelle fenêtre) en janvier dernier.
Les chercheurs montrent cette fois que les réactions post-vaccinales varient énormément sur deux axes : un premier touche les personnes qui disent avoir leurs règles normalement et un second lié aux personnes qui n’ont pas leurs règles normalement, comme les femmes ménopausées ou les hommes trans.
A cet égard, on observe que 42% des personnes ayant répondu à l’enquête qui ont déclaré avoir leurs règles normalement ont déclaré avoir eu un saignement beaucoup plus abondant que d’habitude après avoir reçu leurs doses de vaccin. Près de 44 % des répondants n’ont cependant remarqué aucun changement dans le taux de saignement.
De plus, 71 % des personnes prenant des contraceptifs réversibles à longue durée d’action (DIU, implants contraceptifs, etc.) ont eu des saignements plus importants après l’une ou l’autre des injections.
Pour les personnes dites sans menstruation, un retour inattendu des saignements menstruels a été observé, de façon intermittente ou augmentée, chez 66 % des cas ménopausés et chez 39 % des répondantes trans, qui prenaient également des hormones du sexe désiré.
Divers facteurs sociodémographiques
Selon Katharine Lee, d’autres facteurs pourraient être liés aux personnes qui ont subi des effets indésirables après leurs vaccins.
Entre autres choses, les femmes âgées non caucasiennes étaient plus susceptibles d’avoir des saignements plus abondants après avoir reçu une dose du vaccin COVID-19.
Les chercheurs font une observation similaire pour celles qui ont des antécédents de grossesse, et même celles qui ont fait une fausse couche ou un avortement avaient un risque plus élevé.
Autre élément d’intérêt : les altérations importantes observées chez les personnes vivant avec des problèmes de fertilité.
Une grande proportion des répondants qui ont déclaré des saignements abondants vivaient avec l’endométriose (51%), l’adénomyose (54,9%), la ménorragie (44,4%), les fibromes (49,1%) ou le syndrome des ovaires polykystiques (46, 2%).
Une réaction normale, mais méconnue
Cette nouvelle étude a notamment mis en évidence que les inquiétudes exprimées lors de la pandémie sont une épreuve qu’il convient de sensibiliser – et surtout de rassurer – aux femmes et aux personnes ayant un utérus des éventuels effets secondaires des vaccins. Et pas seulement par rapport à celui contre le COVID-19.
Il est parfaitement normal que le cycle menstruel se déstabilise après l’injection d’un vaccin, affirment plusieurs experts.
Selon le Dr Jennifer Kawwass, endocrinologue à l’Université Emory d’Atlanta qui n’a pas participé à cette nouvelle étude, il faut rappeler que les fluctuations du cycle menstruel doivent être considérées comme tout autre dérèglement ou effet secondaire perçu après un vaccin. .
Comme la température corporelle ou la tension artérielle, ils fournissent des indices sur votre santé, a-t-il déclaré au New York Times.
Dans un dossier de Rad (Nouvelle fenêtre), l’épidémiologiste Gaston De Serres rappelait en avril dernier que les hormones ont un rôle à jouer dans la réponse immunitaire et la réponse en termes d’effets secondaires observés avec les vaccins. […] et il y a une réponse [aux vaccins] ce qui est différent chez les femmes [par rapport aux hommes].
Les chercheurs de l’étude publiée dans Science Advances soulignent à plusieurs reprises que les médecins ont pourtant un devoir crucial d’éducation à la santé. A ce titre, elles déplorent que les angoisses de diverses femmes soient associées à des soucis jugés inutiles.
Ils déplorent également l’intervention de certains d’entre eux dans les médias, qui stipulaient qu’aucun mécanisme ou donnée biologique n’étaye une éventuelle relation entre le vaccin et les troubles menstruels.
“Les changements dans les saignements menstruels ne sont pas rares ou dangereux, mais il faut prêter attention à ces expériences pour renforcer la confiance dans la médecine.”
– Une citation d’un extrait de l’étude publiée dans Science Advances
Une sommité en matière de santé des femmes, la directrice scientifique de l’Institut de la santé des femmes et des hommes des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Dre Cara Tannenbaum, a expliqué dans un autre rapport du dossier Gyneco (Nouvelle fenêtre) de Rad qu’il n’est pas hier que les femmes se sentent handicapées par rapport à leurs problèmes de santé.
Selon elle, c’est justement en ayant plus d’études sur le cycle menstruel et la vaccination contre le COVID-19 – comme celle qui vient d’être publiée – que nous pourrons regagner l’ignorance.