Cancers : la Cité des sciences ose explorer le « monstre »

AFP, publié le lundi 5 septembre 2022 à 10h22

Le pluriel a son importance : les cancers s’exposent à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, qui explore, avec tact et précision, toutes les facettes de cette maladie complexe encore entourée de tabous.

Le défi était de taille : “montrer la maladie dans un musée des sciences, pointer du nez une part sombre de notre humanité qu’on ne veut pas voir”, confie Maud Gouy, co-commissaire de l’exposition à l’affiche du 6 septembre. , 2022 au 8 août 2023, en collaboration avec l’Institut national du cancer (INCa).

Mais le cancer, l’une des principales causes nationales, “nous touche tous, de près ou de loin”, fait valoir l’établissement public : aujourd’hui, près de quatre millions de personnes vivent ou ont souffert d’un cancer en France, là où il y a 30 ans, le chiffre mondial. de nouveaux cas a augmenté (mais la mortalité diminue).

“+Cancers+ est la première grande exposition consacrée à la maladie, avec l’ambition d’explorer ses différentes facettes pour regarder ce monstre en face, et briser les tabous, sans angoisser ni diluer le sujet”, explique Laurence Caunézil, co-commissaire

Dans 600 mètres carrés, les cancers (car il n’y a pas deux cancers identiques, insiste la Cité des sciences) sont abordés sous un angle scientifique, médical, social et même politique.

Une installation inattendue accueille le visiteur à l’entrée : un gros crabe (“cancer” signifie “crabe” en latin) nous apprend qu’il s’agit d’un phénomène biologique apparu il y a 500 millions d’années avec l’apparition des premiers organismes multicellulaires. Bref, ce qui est inhérent au vivant.

Ensuite, le parcours invite à déambuler de salle en salle dans une scénographie intimiste, au gré d’installations audiovisuelles réalisées et didactiques. Rien de “fun”, l’établissement n’a pas voulu “jouer” avec la maladie. L’exposition est également recommandée uniquement pour les 14 ans et plus.

– “Où est-ce que tu t’en sors” –

Sous un dôme, vous découvrirez la carcinogenèse, le processus génétique à l’œuvre dans la formation des tumeurs malignes qui trouve son origine dans une mutation de l’ADN.

Comprendre la différence entre un scanner, une IRM, un PET-Scan. Découvrez les recherches sur les traitements du futur, comme les fibroblastes, des cellules capables d’améliorer la réponse à l’immunothérapie. Ou travailler sur les disparités sociales et géographiques du cancer, une “maladie politique” à laquelle certaines populations sont plus exposées que d’autres, comme l’ont montré les cas de l’amiante et du chlordécone.

L’exposition fait un point utile sur la prévention, “sans culpabiliser le public”, selon Maud Gouy.

Avec les témoignages de patients, d’aidants et d’aidants dans l’âme, dont beaucoup sont poignants et surtout porteurs d’espoir. “Ce n’est pas parce qu’on a un cancer métastatique qu’on est foutu, une récidive du côlon avec métastase au foie est guérissable”, confie devant la caméra un homme atteint d’une tumeur colorectale.

“Cancer ne veut pas dire mort tout de suite, beaucoup s’en sortent et il faut le dire”, a réagi Alexandra Mariez, 36 ans, atteinte d’un cancer du sein triple négatif, invitée à la tournée de presse de l’exposition. Créatrice du compte Instagram “Allons-y prévention” et ambassadrice de l’association Généticancer, elle estime que parler des cancers au pluriel est essentiel car “c’est prendre en compte toutes les personnes concernées”.

Mélanie Hannouche, 43 ans, qui a également traversé cette épreuve, se réjouit de l’ampleur du projet. “Quand j’ai reçu l’invitation de la Cité des sciences et que j’ai vu que l’exposition allait durer dix mois, je me suis dit qu’on allait enfin en parler avec le grand public !”, raconte le fondateur de “Skin”. , association post-cancer”.

Car “en dehors des réseaux sociaux, aborder la question est extrêmement tabou chez les jeunes”, déplore cette décoratrice d’intérieur, qui dresse aujourd’hui des portraits de femmes enturbannées dans les hôpitaux pour “changer le regard” sur la maladie.

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