Décès de Jean Teulé, écrivain populaire et personnalité de la télévision

Ce bon géant de terre mesurait “1,96 m”, “une brasse, comme on disait au Moyen-Âge”, a corrigé Jean Teulé, disparu mardi soir 18 octobre, à l’âge de 69 ans, d’un arrêt cardiaque suite à une intoxication alimentaire. fin de semaine. L’écrivain d’histoire diverse – un mot qui lui va bien, dans les deux sens du terme, tant il aimait la diversité du monde -, il savait tout, les mots du passé. Une sorte d’historien du moins pas aussi gourmand que cultivé. Un encyclopédiste d’anecdotes macabres ou surprenantes.

Il est né en 1953, le 26 février, “comme Victor Hugo et Buffalo Bill”, dit-il. Cependant, tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes. Son père, surnommé la “graine de Moscou”, est même licencié d’un travail et la famille débarque en région parisienne où le père est menuisier à l’Humanité et sa mère est concierge à la mairie d’Arcueil.

Troublemaker académique de “Nowhere Else”

Période des banlieues rouges autour de Paris. A l’école municipale, son camarade de classe était Jean-Paul Gaultier, avec qui il restera ami, une fortune faite pour eux deux. En troisième, le garçon est en queue de classe, il s’oriente vers la mécanique automobile mais son professeur de dessin le sauve. Teulé a d’abord été un homme d’images plutôt que de mots. Pendant dix ans, il a vécu de la bande dessinée, pilier de L’Écho des Savanes.

Il y a plusieurs Teulés et d’abord, pour le grand public, celui de la télévision, qu’une génération découvre dans “L’Assiette anglaise” autour de Bernard Rapp sur Antenne 2 de 1987 à 1989. Chemise noire à pois blancs, tignasse à boucles, le le drôle d’excentrique a 35 ans et joue déjà la petite précision qui tue : quand l’émission diffuse un reportage sur un petit film de terrain atypique en route pour Cannes, “Les sabots à rocker”, il est le seul à connaître l’origine de l’expression : le rocker c’est quand le fermier a trop bu pour marcher debout. Cette relation charnelle avec le passé populaire de la langue en sera toujours la signature.

Troublemaker de la grande époque de “Nowhere else”, sur Canal +, il s’est fait un visage, un nom et, très vite, une oeuvre. Une éditrice, Betty Mialet, captivée par son éloquence, lui dit : “Tu es écrivain, mais tu ne le sais pas encore.” Il a toutes les raisons de la croire : c’est elle, avec Bernard Barrault, qui a découvert Philippe Djian. Cette dernière appelle en un clin d’œil Betty l’héroïne de “37°2 du matin”.

Une approche gourmande de l’histoire

Teulé aura aussi un style bien à lui : transformer des histoires abominables en best-sellers, comme le “Suicide Shop” et autant d’histoires historiques qui font un pas de côté. Qui savait que Charles IX, l’organisateur des massacres de Saint-Barthélemy, était mort fou à 22 ans. Rebaptisé “Charly 9”, le roman s’envole, comme “Le Montespan”, le mari cocu de la favorite de Louis XIV, dont personne n’a jamais parlé.

C’est Teulé, reculez, ou regardez d’en haut, ou plutôt par le trou de la serrure. Cette démarche gourmande plaît régulièrement à des centaines de milliers de lecteurs – 500 000 pour “Le Montespan” – mais pas toujours aux puristes. En 2020, son « Cronyme, Baudelaire ! il inspire toujours les libraires mais pas la critique, qui le trouve parfois aussi vulgaire que populaire.

« Homme libre, tu chieras toujours la mer », pouvait s’amuser cet amateur de calembours, mais il voit aussi Baudelaire comme « le premier punk moderne », bien vu et irréfutable du dandy cynique, et dépoussière les manuels. . Jean Teulé a tant fait lire, consacrant des biographies extraordinaires à Villon ou Verlaine : se rend-on compte à quel point il est prodigieux à l’ère des réseaux sociaux ? Nombre de ses romans ont été adaptés en bande dessinée, au théâtre – un Molière pour « Le Montespan » – ou au cinéma, comme avec Patrice Leconte qui a transformé « Suicide Store » en film d’animation.

Le souffle de la terre, du sang et de la stupeur

Pendant vingt ans, Jean Teulé a vécu avec Miou-Miou. Il l’avait rencontré chez son ami Jean-Pierre Coffe pendant une période dépressive et ne l’avait pas reconnu. Il a dit lui avoir dit “Bonjour madame”, avant de se rendre compte qu’il faisait face à son fantasme d’adolescent : “Quand le film est sorti, j’ai dit à tout le monde que la femme de ma vie était la fille de valse “. Il avait 20 ans, et ça valait la peine d’attendre ses 55 ans pour cette rencontre éclair – ils ne se sont plus quittés depuis 1998.

Il avait perdu ses cheveux mais pas ses grands yeux bleus et ses mots forts pour raconter la bataille d’Azincourt, sujet de son dernier récit, en janvier dernier, sur le plateau de “C à vous”. Il pleuvait et les chevaux ne galopaient pas, ce qui annonçait la défaite. La dérision de l’université a été lue par des générations de Français, passionnés d’histoire à la recherche d’un souffle qui sente la terre, le sang, la sueur et l’émerveillement. Car il y avait des prostituées sur les champs de bataille, non pour le repos du guerrier, mais pour son encouragement. Ce n’était pas chez Michelet, mais Teulé a réparé ce type d’oubli.

Sa disparition soudaine à 69 ans va faire pleurer les maisons de campagne, un mot et une expression que cet amateur de dictons et même de clichés d’époque revisités a dû aimer. Le roi Teulé est mort, quelle fichue tuile ! Il faut sourire avec ce grand être vivant qui n’est plus là.

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