Guerre en Ukraine : la Russie mobilise 300 000 réservistes, tour ou simple pression ?

“Ce n’est pas du bluff. “Vladimir Poutine a voulu frapper les esprits lors d’une intervention télévisée diffusée ce mercredi matin. Contraint de se replier face aux contre-offensives ukrainiennes, notamment dans les régions de Kharkiv et de Kherson, le président russe a choisi de miser sur une escalade du conflit en attisant, comme souvent depuis le début du conflit, la force nucléaire, mais aussi en annoncent la signature d’un décret autorisant une “mobilisation partielle” de la population.

Cette annonce s’ajoute au décret signé le 25 août dans le but d’augmenter de 10 % le nombre de soldats dans l’armée russe d’ici le 1er janvier 2023.

Ainsi, 300 000 réservistes seront appelés selon Sergueï Choïgou, ministère russe de la Défense. Un volume extra-énorme pour les troupes d’interrogatoire de Moscou. Coup de pub ou véritable stratégie de Vladimir Poutine ? Pour bien comprendre la situation, 20 Minutes a interrogé deux experts.

Qui sont ces 300 000 réservistes mobilisés par l’armée russe ?

“Ce n’est pas une vraie réserve opérationnelle au sens où on l’entend en France”, prévient Michel Goya, ancien colonel des Marines et historien. Ces réservistes sont d’anciens militaires, certains appelés au service militaire, mais aussi des civils qui peuvent avoir eu un contrat ou une expérience militaire, soit avec l’Etat, soit avec des entreprises privées.

Si ces personnes sont considérées comme des “volontaires”, elles sont souvent automatiquement intégrées dans la réserve après une expérimentation.

Cependant, nous ne parlons pas ici de civils sans lien avec les militaires, comme cela pourrait être le cas lors d’une mobilisation générale. “Poutine a encore besoin de spécialistes, de réservistes de haut niveau, capables de manier les équipements modernes utilisés sur le terrain”, renchérit Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et ancien ambassadeur de France à Moscou.

Pour garantir la “bonne volonté” de ces réservistes, l’état-major russe a ajouté “une clause qui punit les récalcitrants et les déserteurs potentiels” dans son arrêté du 25 août, rappelle Michel Goya. Une mesure, sans doute, causée par les désertions constatées au début de la guerre et au printemps, alors qu’entre 20 et 30 % seulement des personnes convoquées se seraient présentées.

Quelques minutes après le discours de Poutine 🇷🇺, ce 21 septembre il n’y a plus de places pour des vols directs de Moscou vers Istanbul, Tbilissi ou Erevan. pic.twitter.com/c6Pmo3HP02

— Andreï VAITOVICH (@andreivaitovich) 21 septembre 2022

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Une réticence à se mobiliser qui pourrait perdurer selon le journaliste Andrei Vaitovich qui a relevé une agression sur des vols directs de Moscou vers Istanbul (Turquie), Tbilissi (Géorgie) ou Erevan (Arménie) quelques minutes après le discours de Vladimir Poutine. Le même journaliste a noté une augmentation des recherches sur Internet pour l’expression “Comment se casser le bras” en Russie.

Cette mobilisation peut-elle avoir un impact direct sur le conflit et les combats en Ukraine ?

“Nous ne verrons aucun effet immédiat de cette mobilisation”, assure Jean de Gliniasty. Bien qu’ils aient de l’expérience sur le terrain, ces 300 000 réservistes ne sont pas prêts à mettre le pied sur le champ de bataille.

“Ce n’est plus le système de l’ère soviétique, cette réserve a été conçue juste avant le début de l’invasion de l’Ukraine”, précise Michel Goya. L’équipement, les réservoirs… rien n’a été amélioré depuis des années. »

Outre l’entraînement nécessaire à ces nouvelles recrues, la réserve manquerait beaucoup d’encadrement, poursuit l’historien : « L’armée russe ne dispose pas d’assez d’officiers et de sous-officiers prêts à l’entraînement et à l’organisation. La création d’un nouveau bataillon ne se décrète pas ainsi. »

D’autant plus que ces soldats pouvaient manquer d’équipement. Si l’armée russe dispose d’un stock important de matériel lourd comme des chars ou des canons, bien que souvent vieillissant, elle manque d’équipements individuels et de moyens logistiques. Un point qui manque cruellement aux forces russes depuis le début du conflit.

Selon Jean de Gliniasty, cette réserve pourrait peut-être « aider les troupes moscovites à passer l’hiver » et être véritablement opérationnelle au printemps.

Alors, virant au conflit ou simple pression de Vladimir Poutine ?

« Un coup de pression, c’est sûr, avance Michel Goya, mais ce n’est pas vraiment un tournant. Il s’agit plutôt d’une escalade prévisible. Avec les contre-offensives des Ukrainiens, le rapport de force a changé et le président russe a dû réagir selon l’ancien colonel : « Les forces de Kyiv dominent les troupes de Moscou. Si les Russes n’ont rien fait, on voit mal comment ils pourraient s’en tirer. »

D’abord, avec cette mobilisation, Vladimir Poutine répond au monde entier. A l’Ouest, réunis à l’Assemblée générale des Nations unies, qu’il a désigné à plusieurs reprises dans son discours comme l’ennemi de ce conflit, au-dessus de l’Ukraine. Mais aussi en Inde et en Chine, qui a émis des réserves sur sa position la semaine dernière lors d’un sommet en Ouzbékistan.

Ces nouvelles troupes ont été décrites comme nécessaires pour défendre les territoires occupés selon Sergueï Choïgou, futurs “territoires russes”, si les référendums d’annexion annoncés dans plusieurs régions d’Ukraine, donnent un résultat favorable à la Russie.

En adoptant cette posture défensive, “une doctrine historique pour les Russes”, rappelle Michel Goya, Vladimir Poutine envoie le message d’une dernière mesure avant de passer au stade nucléaire du conflit : “Si les troupes occidentales pénètrent ou attaquent défendues par les Russes”, terres “saintes”, alors l’utilisation du nucléaire sera justifiée selon Moscou”.

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