“Es-tu dur là-bas? Lol.” En 2013, « fasciné » par le présentateur de NRJ12, Romuald*, 15 ans, se rend sur le plateau de l’émission T’es en direct avec ses parents pour assister à l’enregistrement. Quelques jours plus tard, Jean-Marc Morandini le « suit » sur Twitter et entame une conversation avec lui. Pendant plusieurs semaines, le présentateur et l’adolescent vont échanger des dizaines de messages. Mais rapidement, l’homme, alors âgé de 47 ans, fait plusieurs propositions sexuelles explicites.
Des messages pour lesquels Jean-Marc Morandini comparaîtra, ce lundi après-midi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Accusé en 2016 après la plainte de deux jeunes – dont Romuald -, le présentateur de télévision doit être jugé pour corruption de mineurs.
“Tu as dit : j’aime…”
Quelques jours après le début de leurs échanges, en février 2013, Jean-Marc Morandini pose, de manière “insidieuse”, des questions à Romuald sur son orientation sexuelle. “Après ça, ça a vraiment dégénéré. Il a évoqué la masturbation, en me demandant si je me masturbais”, a déclaré le jeune homme aux enquêteurs, selon des informations obtenues à l’époque par 20 Minutes. Fan de la star de la télévision, “extrêmement médiatisé et populaire”, le garçon de 15 ans finit par “entrer dans son jeu et répondre à ses questions”, détaillé lors de son audition le 20 juillet 2016, devant la police.
Les échanges se poursuivent durant le mois de mars. Le 10, précisément en début d’après-midi, l’animateur demande à l’adolescent « vous avez du mal ? mdr [Mort de rire] », auquel Romuald affirme que « oui ». “Hmmm”, répond Jean-Marc Morandini. Au fur et à mesure que la discussion progresse, les messages deviennent de plus en plus explicites. L’animateur lui envoie même un scénario qui inclut les deux, sur lequel il fantasme : « Tu t’es mis à genoux… Tu as défait ma ceinture. Vous avez baissé votre pantalon. Tu as dit : j’adore ça… ».
Si Jean-Marc Morandini ne nie pas l’existence de cet échange, il raconte aux enquêteurs qu’il pensait que Romuald “devait avoir 18 ans”. “Sur Twitter et Facebook, je parle à beaucoup de monde, je dirais 200 personnes régulièrement. Les personnes que je recevais sur mon plateau venaient raconter leur histoire sexuelle. Mon public cible aime ça. Du coup, ça arrive dans nos conversations, ce n’est pas un tabou”, justifie-t-il alors. L’animateur affirme avoir cessé de “parler de sexe” avec Romuald lorsque l’adolescent lui a donné son âge. Mais lors de son audition, l’adolescent propose une toute autre version. Devant les enquêteurs, il explique que son profil Twitter mentionnait son âge et qu’il était toujours accompagné de son père lorsqu’il assistait à l’enregistrement de l’émission, qui s’ensuivit à plusieurs reprises. Lors de leurs échanges, Romuald interrompt également la conversation pour faire réciter à sa mère sa leçon d’histoire sur la guerre froide.
Un double tabou
La défense de Jean-Marc Morandini est un “classique” chez les “délinquants sexuels”, estime Armelle Le Bigot-Macaux, la présidente de l’association Agir Contre la Prostitution des Enfants (ACPE), qui s’est constituée partie civile au dossier judiciaire. “Mais ce n’est pas recevable”, ajoute-t-il. Près de dix ans après les événements, Romuald, aujourd’hui âgé de 25 ans, est “détruit”, selon elle. “Il a honte d’avoir joué à ce jeu, d’avoir été sous l’emprise de cet homme bien connu qui lui a accroché des trucs”, déplore-t-il.
Si Armelle Le Bigot-Macaux attend que Jean-Marc Morandini soit condamné et qu’il reconnaisse les faits, il tient à souligner le côté “emblématique” du procès : “On parle de violences sexuelles sur un jeune homosexuel, il est encore plus caché, c’est un double tabou. C’est effrayant qu’il va comparaître devant un tribunal.”
D’autant que le président de l’association en a fait une affaire personnelle. Avant l’ouverture de l’enquête contre Jean-Marc Morandini, l’animateur l’avait invité sur son plateau pour parler de prostitution et de violences sexuelles faites aux enfants. “Je vais là-bas et j’apprends les faits. Il est clair qu’il s’est moqué de moi”, lâche-t-il. Et l’ACPE ne sera pas seule. D’autres associations, comme Innocence en Danger, La Voix de l’Enfant et Stoppons les aranques aux castings se sont également jointes au procès en tant que parties civiles et seront présentes à l’audience.
Une deuxième plainte pour harcèlement sexuel
Si le deuxième prétendant s’est désisté depuis, son histoire devrait tout de même être évoquée lors des débats. C’est en 2009, lors du casting d’un remake du film américain Ken Park, que Cyprien* rencontre Jean-Marc Morandini. Il lui demande de se déshabiller, mais l’adolescente refuse. Face à l’insistance de la star de télévision, le jeune homme, alors âgé de 16 ans, a fini par se déshabiller et a accepté d’être photographié. “Il voulait que je me masturbe devant lui. Il m’a dit que les gens qu’il avait déjà castés l’avaient fait et que si je ne le faisais pas, je n’obtiendrais pas le rôle. J’ai senti que son regard avait changé. Il regardait à moi comme si j’étais un bonbon”, explique l’adolescent lors de son audition en septembre 2016. Cyprien prend peur et finit par quitter les lieux en pleurant. Devant les enquêteurs, Jean-Marc Morandini dit ne pas reconnaître le jeune homme dans la photos et qu’il n’a aucun souvenir de ce casting
En 2016, l’animateur conteste son licenciement devant la cour d’appel de Paris. La justice avait confirmé le procès, mais annulé les circonstances aggravantes d’incitation par voie de télécommunication et d’incitation à la proposition sexuelle d’un mineur. L’actuel présentateur de CNews** a alors saisi la Cour de cassation, qui a rejeté son pourvoi fin février.
Et Jean-Marc Morandini ne s’est pas fait justice. Il doit être jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour “harcèlement sexuel” à l’encontre d’un acteur lors du tournage en 2016 de la série érotique Les Faucons, que l’animateur a réalisé. Selon les enquêteurs, elle se serait fait passer pour une directrice de casting, sous le nom de Catherine Leclerc, afin d’approcher de jeunes comédiens pour leur faire tourner des vidéos à caractère sexuel. Dans le même cas, sa société de production « Ne Zappez pas ! La production”, pour sa part, sera jugée pour “travail d’infiltration” contre cinq plaignants. Une date d’essai n’a pas encore été définie.
*Les noms ont été changés
** L’avocat de Jean-Marc Morandini n’avait pas répondu aux sollicitations de “20 Minutes” au moment de la publication de cet article