Christine Lagarde reconnaît son “erreur” d’anticiper à tort l’inflation, qui restera élevée.
La Banque centrale européenne sait qu’elle joue avec sa crédibilité et celle de l’euro. L’institution de Francfort entend afficher une détermination sans faille pour lutter avec force contre l’inflation. Après avoir relevé ses taux directeurs pour la première fois en 11 ans de 0,50 point en juillet, elle les a de nouveau relevés de 0,75 point jeudi. Le taux de dépôt, négatif depuis huit ans, s’établit désormais à 0,75 %. Et ce n’est pas encore fini.
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“Nous avons un long chemin à parcourir”, prévient Christine Lagarde, présidente de la BCE, laissant entrevoir une série de hausses de taux qui seront “plus de deux” mais probablement “moins de cinq”. Une façon de laisser les marchés dans l’incertitude quant à l’ampleur des hausses de taux directeurs plus tard dans l’année. Le rythme de ce resserrement monétaire reste à voir. Les hausses de 0,75 point, très à la mode chez les principales banques centrales (Fed, Banque d’Angleterre, Banque du Canada), ne sont pas la « norme ».
La décision d’opérer un tel changement historique (sans précédent hormis la création de l’euro en 1999) a été prise à l’unanimité des vingt-cinq membres du Conseil des gouverneurs, qui se sont réunis jeudi lors d’une réunion “cordiale, efficace et profonde”, selon Christine Lagarde. Les rares voix qui s’inquiétaient des risques pour l’économie d’une reprise trop rapide ont donc rejoint le consensus selon lequel c’est l’inflation qui représente le plus grand danger.
“Crédibilité”
“Puisque nous sommes si loin du rythme qui nous permettra de revenir à notre objectif d’inflation de 2%, nos hausses doivent être opportunes et d’une ampleur suffisante”, justifie Christine Lagarde. Cela n’exclut pas “d’aller au-delà” si nécessaire. “Notre crédibilité sera jugée en fonction du retour ou non de l’inflation à l’objectif de 2%”, a ajouté le président de la BCE.
Nous en sommes loin. Après 9,1 % en août, la hausse des prix dans la zone euro devrait continuer à s’accélérer dans les mois à venir. Les prix de l’énergie ont augmenté de 38 % et les prix alimentaires de 10,6 %. Plus inquiétant, cette augmentation a commencé à se propager aux biens et services.
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En conséquence, les économistes de la BCE ont révisé à la hausse leurs projections. Ils anticipent désormais une inflation moyenne de 8,1% cette année, 5,5% en 2023 et 2,3% en 2024. La mission de la dompter ne serait donc pas atteinte en deux ans. A cet égard, Christine Lagarde prend “la responsabilité” des “erreurs de prévision” de l’institution, qui l’ont amenée à réagir lentement, ajoutant que “tous les prévisionnistes ont commis cette erreur”.
Dans le même temps, en raison de la hausse des prix et des menaces sur l’approvisionnement énergétique, la BCE s’attend à un ralentissement de l’économie en fin d’année. Elle prévoit une « stagnation » du PIB au quatrième trimestre 2022 et au premier trimestre 2023. Ses nouvelles prévisions tablent sur une croissance de seulement 0,9 % pour la zone euro en 2023, révisée en forte baisse par rapport aux 2,1 % précédemment prévus.
L’euro baisse
Compte tenu de son influence sur les marchés, la BCE peut difficilement annoncer une récession, au risque de favoriser son arrivée. Mais un scénario de prévision plus pessimiste voit toujours la possibilité d’une contraction du PIB de 0,9 % en 2023. Une guerre prolongée en Ukraine pèserait sur la confiance, continuerait à faire grimper les coûts de l’énergie et briserait les chaînes d’approvisionnement.
À l’inverse, selon Positive Money, cette décision est une “erreur politique majeure” car elle est “injustifiée, injuste et risque de ralentir la transition verte, et est peu susceptible de faire baisser le niveau des prix”.
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Pour l’instant, la BCE n’est pas entrée dans la prochaine étape du resserrement monétaire, qui consisterait à réduire la taille de son bilan, après des années de rachat de liquidités sur les marchés. Une mesure déjà annoncée par la Réserve fédérale américaine, qui risquerait de durcir les conditions d’emprunt des Etats les plus endettés, comme l’Italie ou la France.
L’euro a réagi en poursuivant sa chute, descendant à -0,48% dans l’après-midi, toujours sous le seuil du dollar. La BCE ne “fixe pas d’objectif” pour le taux de change de la monnaie unique mais “surveille de près” son évolution, qui pèse lourdement sur l’inflation.
Les banques de la zone euro sauvées par la Banque centrale
Certains observateurs s’attendaient à ce que la BCE encourage les banques à rembourser par anticipation certains des prêts très favorables (appelés “TLTRO”) qu’elle leur a accordés pendant la pandémie. Pour les inciter à financer les entreprises et les ménages, la Banque centrale leur a prêté de l’argent à des taux négatifs allant jusqu’à -1 %. “Le taux maximum négatif signifiait une énorme subvention aux banques de 1 830 millions d’euros”, souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l’Iéseg. Ils ont été payés pour emprunter auprès de l’Eurosystème. »
Fin juin, le taux de ces prêts a été modifié. “Mais les établissements ont toujours intérêt à conserver leurs prêts jusqu’à leur échéance”, précise Eric Dor.
Si elle avait poussé les institutions financières de la zone euro à rembourser ces emprunts géants (2 263 millions d’euros d’encours total), la BCE aurait pu réduire l’excès de liquidité sur les marchés et réduire la taille de son bilan. Comme ce que fait la Réserve fédérale américaine. Mais, l’institution de Francfort a préféré jouer la sécurité. “La forte inflation et le risque de récession font courir un risque de défaut de crédit aux banques”, explique l’économiste. Et certains peuvent avoir du mal à faire face. »