AFP, publié le mercredi 12 octobre 2022 à 04h09
L’activité économique mondiale, secouée par des chocs à répétition depuis un an, se dirige vers une récession, qui pourrait toucher plusieurs pays développés d’ici 2023, a averti mardi le FMI à l’occasion de la publication de son rapport sur l’économie.
Le président américain Joe Biden lui-même a évoqué la possibilité d’une “très légère récession” pour la plus grande économie du monde.
Il est vrai que le Fonds monétaire international (FMI) a maintenu sa prévision de croissance pour 2022 à 3,2 %, déjà révisée à trois reprises cette année. Mais il a de nouveau abaissé les attentes pour 2023, cette fois à 2,7%, soit 0,2 point de moins qu’attendu en juillet.
“Il y a 25% de chances que l’économie mondiale ne progresse que de 2% ou moins l’année prochaine”, a déclaré à l’AFP l’économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas. “C’est une situation qui n’a été vécue que cinq fois depuis 1970, notamment lors du choc pétrolier ou de la crise financière de 2008.”
“Et il y a 10 à 15% de chances que la croissance mondiale soit inférieure à 1%, soit une stagnation du PIB par habitant, ce qui signifierait que les choses vont très mal”, a ajouté l’économiste.
Les trois locomotives mondiales – les États-Unis, la Chine et l’Europe – ralentissent, principalement sous l’effet d’une inflation persistante qui touche les économies avancées et encore plus les pays émergents et en développement, et qui devrait atteindre 8,8 % en moyenne dans le monde. cette année (+0,5 point par rapport aux prévisions de juillet).
– Risque de mauvais calibrage –
“Nous nous rapprochons du resserrement monétaire, mais nous n’y sommes pas encore, donc les banques centrales doivent maintenir le cap”, a noté Gourinchas. “Mais cela ne signifie pas qu’ils doivent ralentir, juste qu’ils ont annoncé une tendance, ils doivent la suivre.”
Du côté positif, cependant: l’inflation mondiale aurait dû culminer au troisième trimestre (9,5%) et commencer à baisser à partir du dernier trimestre de 2022, poursuivant cette tendance l’année prochaine, pour revenir au dernier trimestre de 2023 à un niveau comparable à 2021 (4,7%).
Le ralentissement économique touchera tous les États les plus riches, à commencer par les États-Unis : la croissance a été révisée à la baisse à seulement 1,6 % en 2022, contre 2,3 % prévu en juillet. En 2023, cela pourrait être encore plus difficile, le Fonds n’attend que 1%.
“Je ne pense pas qu’il y aura une récession. S’il y en a une, ce sera une très légère récession”, a déclaré Joe Biden mardi dans une interview à CNN.
“C’est possible”, a-t-il admis, ajoutant: “Je ne l’anticipe pas.”
La situation n’est guère meilleure en zone euro : il est vrai que la croissance devrait atteindre 3,1 % en 2022, mieux qu’attendu en juillet (+0,5 point), mais la zone devrait approcher de la récession en 2023, une croissance de 0,5 % (- 0,7 points). par rapport aux prévisions de juillet).
Et pour certains États membres, l’Allemagne et l’Italie, la récession semble inévitable l’année prochaine (-0,3 % et -0,2 % respectivement), tandis que la France peut s’attendre à rester au-dessus de la ligne flottante, avec une croissance de 0,7 %. Comme, hors UE, le Royaume-Uni, à 0,3 %.
– Les pays émergents résistent mieux –
La Chine, deuxième économie mondiale, devrait connaître sa pire année depuis plus de 40 ans en 2022, hors pandémie en 2020, avec une croissance attendue à seulement 3,2 %, avant de se redresser légèrement en 2023 (4,4 %).
La Russie, dont l’économie souffre sous le poids des sanctions mises en place après l’invasion de l’Ukraine, va connaître une récession cette année, mais la situation devrait être moins prononcée que prévu au début de l’été.
Le FMI prévoit désormais une contraction du PIB de 3,4% pour 2022, soit 2,6 points de mieux que les prévisions faites en juillet dernier. Cependant, la Russie devrait être la seule économie du G20, qui se réunira mercredi à Washington, à connaître une récession cette année.
“Nous prévoyons que la récession se poursuivra en 2023 et en effet elle se poursuivra si nous regardons au-delà, il n’y a pas de reprise en vue pour l’économie russe”, a souligné l’économiste en chef du FMI.
Dans un contexte mondial morose, la zone Amérique latine et Caraïbes voit ses perspectives s’améliorer, avec une croissance désormais prévue à 3,5% (+0,5 point) cette année.
Toutefois, l’avenir reste incertain, souligne le Fonds, qui reconnaît que ses prévisions, notamment pour 2023, ne sont valables que “si les anticipations d’inflation restent stables et que le resserrement monétaire n’entraîne pas une récession généralisée ou un ajustement désordonné des marchés financiers”.