5 septembre 2022 Aujourd’hui à 11h35
La nouvelle spin-off de l’Université de Liège lève 4,5 millions d’euros pour poursuivre ses recherches sur le traitement du cancer basé sur la “lecture” des ARNt.
Un groupe d’investisseurs et la Région wallonne viennent d’injecter 4,5 millions d’euros dans THERAtRAME, une nouvelle spin-off de l’Université de Liège et de WelBio, l’institut interuniversitaire wallon de recherche en sciences de la vie.
Cette biotechnologie opère dans la recherche de thérapies contre le cancer, l’épitranscriptomique, un secteur très innovant. Il vise à utiliser les nouvelles connaissances sur le sujet, issues des travaux de recherche fondamentale menés par les professeurs Alain Chariot, Francesca Rapina et Pierre Close à l’institut GIGA, le centre de recherche interdisciplinaire en sciences biomédicales de l’Université de Liège et WelBio. .
Un peu de vulgarisation est nécessaire pour comprendre la portée du spin-off. Pour rappel, l’ARN est un acide nucléique qui copie un segment d’ADN et sert de transporteur intermédiaire de gènes permettant aux cellules de synthétiser les protéines dont elles ont besoin. Il existe deux types d’ARN, l’ARN messager (ARNm) et l’ARN de transfert (ARNt) : le premier fournit des informations génétiques à la machinerie cellulaire, tandis que le second l’aide à traduire et coder ces informations.
“L’intelligence artificielle nous aidera à développer des chimies pour cibler les patients sensibles aux nouvelles thérapies qui émergeront de la plateforme.”
Francesca Rapino
Co-fondateur et COO de THERAtRAME
Parier sur les vulnérabilités du cancer
Les travaux menés par les trois scientifiques liégeois ont permis de démontrer que les cellules cancéreuses prennent le contrôle du processus de synthèse des protéines en apportant des modifications génétiques à l’ARNt, avec notamment pour conséquence l’apparition de métastases et de cellules de résistance cellulaire contre thérapeutiques existantes. Ce domaine de recherche s’appelle l’épitranscriptomique.
La découverte de Liégeois expose des vulnérabilités au cancer jusqu’alors ignorées ou sous-explorées. C’est ce que ciblera la plateforme de découverte de médicaments basée sur l’intelligence artificielle développée par THERAtRAME dans l’espoir de développer de nouvelles thérapies pour le traitement du cancer.
La start-up s’appuiera sur “des modèles mathématiques prédictifs basés sur l’intelligence artificielle pour développer son portefeuille de produits en découvrant de nouveaux acteurs clés dans le développement du cancer et en identifiant les cibles les plus prometteuses pour les essais cliniques”, explique-t-il dans son communiqué.
“Nous avons développé ces modèles mathématiques pour positionner de nouvelles thérapies”, reformule Francesca Rapino, qui devient directrice des opérations (COO) de la spin-off. “L’intelligence artificielle nous aidera à développer des chimies pour cibler les patients sensibles aux nouvelles thérapies qui émergeront de la plateforme.” Pour se nourrir, l’entreprise aura accès à des biobanques d’échantillons de patients réservées à la recherche, ainsi qu’à d’autres sources de “big data”.
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4,5 millions
euros
THERAtRAME vient de lever 2,5 millions d’euros auprès d’investisseurs et 2 millions supplémentaires sous forme de subvention de la Région wallonne.
Essais cliniques en 2026
“Selon nos estimations, nous prévoyons d’atteindre le stade des essais cliniques dans quatre ans”, ajoute le COO.
“Voici une fenêtre ouverte pour mieux comprendre comment les cancers se développent et ainsi identifier les processus chimiques comme cibles pour des traitements innovants contre le cancer.”
Le bureau de Fabrice
Recteur à la Recherche de l’Université de Liège
« THERAtRAME s’appuie sur des recherches pionnières menées à l’Institut GIGA de l’ULiège sur le rôle fondamental, mais peu connu, il y a encore quelques années, de l’épitranscriptome des ARN de transfert lors des étapes d’expression des gènes par les « ARN messagers », résume Fabrice Bureau., immunologiste et recteur à la recherche à l’Université de Liège. “Voici une fenêtre ouverte pour mieux comprendre comment se développent les cancers et donc pour identifier les processus chimiques comme cibles de traitements innovants contre le cancer”.
Ressources
Dans le domaine financier, THERAtRAME a levé 2,5 millions d’euros auprès du fonds interuniversitaire belge QBIC3, du fonds d’investissement liégeois Noshaq, du fonds public wallon SRIW (via sa filiale SRIW Life Sciences), de Gesval, la société de transfert de technologie et d’investissement de l’Université. de Liège, ainsi que des investisseurs privés. Une subvention de 2 millions d’euros de la Région wallonne vient compléter ce tour de table d’amorçage.
Côté organigramme, aux côtés de Francesca Rapino, nommée COO, l’autre co-fondateur Pierre Close devient directeur scientifique. Le poste de directeur général est attribué à Ching Man Choi. Ce dernier vient de la biotechnologie de thérapie cellulaire Bone Therapeutic, où il a géré les relations avec les investisseurs et le développement des affaires. L’homme a 15 ans d’expérience dans le financement des biotechnologies, le développement des affaires et la recherche biomédicale. Quant à la présidence du conseil d’administration de THERAtRAME, elle revient à Marc Zabeau, investisseur et entrepreneur qui a plus de 40 ans d’expérience dans la création d’entreprises biotechnologiques telles que Helix, KeyGene ou Methexis.
Le résumé
- Des fonds d’investissement, des investisseurs privés et la Région wallonne viennent d’injecter 4,5 millions d’euros dans THERAtRAME, une nouvelle spin-off de l’Université de Liège et de WelBio.
- Il a mené des recherches novatrices sur le rôle de l’épitranscriptome de l’ARN de transfert (ARNt) au cours des étapes de l’expression des gènes par l’ARN messager, menant à une meilleure compréhension de la façon dont le cancer se développe.
- Il utilise des modèles mathématiques prédictifs basés sur l’intelligence artificielle pour développer de nouvelles thérapies et cibler les patients susceptibles d’y être les plus sensibles.
- Il prévoit le début des essais cliniques en 2026.