“Ce nouveau service postal ne répond à aucun besoin”, estime Prune Helfter-Noah, co-porte-parole du groupe des services publics.
La Poste supprime son timbre rouge pour le courrier urgent au 1er janvier pour le remplacer par une e-lettre rouge, et cette nouvelle formule laisse tout le monde perplexe. En bref, les utilisateurs peuvent écrire leur courrier sur le site du groupe ou le scanner à leur bureau de poste. Le document sera ensuite imprimé auprès du destinataire, placé dans une enveloppe et distribué le lendemain.
L’équation comporte de multiples inconnues : quid des oubliés du numérique, sans ordinateur ou sans les connaissances nécessaires, sans compter la peur de pirater les datacenters sécurisés du groupe où seront conservées les cartes, ou le maintien de la vie privée et secret des correspondances puisque les agents devront scanner le courrier avec un téléphone portable… Prune Helfter-Noah, co-porte-parole du groupe Nos services publics et élue EE-LV à la mairie des arrondissements 4 et 5 de Marseille, décrypte les défauts (nombreux) et les avantages (zéro) de ce nouveau système.
Comment voyez-vous cette nouvelle formule ?
C’est une décision qui prendra effet le 1er janvier, mais qui a été annoncée il y a quelque temps. Le plus frappant, quand on va sur le site de La Poste, c’est l’histoire qui sert à le justifier. Cela semble complètement éloigné des motivations réelles de l’entreprise. Selon les arguments déployés, ce nouveau service est lancé pour répondre aux besoins et à l’évolution des pratiques des usagers, pour réduire l’impact écologique… Seul ce dernier point est discutable : l’usager se rendra à son bureau des courriers avec votre courrier écrit, le courrier sera dématérialisé puis rematérialisé [imprimé ndlr] puis, avant qu’il ne reste un an sur les serveurs de La Poste… Le bénéfice n’est pas évident.
Y a-t-il une dimension greenwashing ?
Si nous nous laissons prendre à la fable qu’il nous raconte… oui. Encore faut-il y croire. Au niveau des besoins des utilisateurs, je ne pense pas qu’il y ait eu une grosse enquête de satisfaction pour enlever ce cachet rouge. Cependant, 300 millions de lettres prioritaires par an, ce n’est rien.
Nous soulignons également la grande fracture numérique ouverte…
Oui bien sûr. Mais comme la question de la sécurité, cela me paraît presque secondaire, puisque ce service ne répond à aucun besoin. C’est complètement artificiel. On ne voit pas à quel type d’utilisateur cela correspond. Pourquoi des gens qui ont un ordinateur et qui utilisent le courrier électronique paieraient 1,49 euros, un prix fou, pour une telle lettre, avec tous les dangers que ce système comporte ? Au contraire, puisque certaines personnes en ont besoin et/ou parce qu’elles n’ont pas d’ordinateur, on ne voit pas pourquoi elles s’embarrassent de cette e-lettre rouge. Ils utiliseront le timbre vert ou le nouveau timbre turquoise, le “Lettre service plus”.
Si elle ne répond à aucun besoin, pourquoi cette réforme ?
La réforme est absurde : les prix ont explosé : on parle de timbres turquoise à 3 euros ! – service dégradé… Il s’agit en réalité d’une manière maladroite et maladroite de supprimer les messages prioritaires. Le système de distribution lente et prioritaire du courrier, avec deux classes de timbres, vert et rouge, a été mis en place en 2011. La Poste s’était déjà largement orientée vers l’utilisation du timbre ces dernières années vert, les délais de distribution du courrier prioritaire sont de plus en plus courts . respecté
Quel est l’intérêt du groupe ?
Depuis 2010, La Poste Suisse est une société anonyme. Ce qu’on peut imaginer, c’est qu’il y a des produits plus rentables que d’autres, et qu’elle veut couper une des branches les moins rentables. C’est le raisonnement normal d’une entreprise. A priori moins de postiers, moins de gestion des ressources humaines, des masses salariales réduites… C’est logique. Le problème, c’est qu’il y a inversion des valeurs. Nous n’avons plus ce service basé sur les intérêts des utilisateurs, nous avons une entreprise qui cherche à maximiser ses profits. A l’arrivée, nous aurons la suppression d’un service public. C’est une chose très sérieuse.