L’Iran annonce “l’abolition” de la police des mœurs, geste pour les manifestants ?

La contestation qui agite l’Iran depuis des mois porte-t-elle ses fruits ? Après des mois de mobilisation à Téhéran et dans plusieurs villes importantes du pays, le gouvernement a annoncé la suppression de la police morale, dont le rôle est pointé du doigt dans la mort de la jeune Mahsa Amini.

Cette unité “n’a rien à voir avec le système judiciaire, et elle a été abolie par ceux qui l’ont créée”, a affirmé samedi soir le procureur général iranien, Mohammad Jafar. Cependant, les modalités de sa suppression n’ont pas été précisées. La dissolution de la patrouille n’a pas encore été confirmée par d’autres responsables iraniens. Les contrôles liés au code vestimentaire de la République islamique dont les officiers sont responsables pourraient alors se poursuivre.

La “patrouille d’orientation islamique” était à l’origine de l’arrestation de Mahsa Amini, le Kurde iranien de 22 ans dont la mort trois jours plus tard a déclenché un mouvement de protestation à l’échelle nationale. Selon des militants et sa famille, la jeune femme est morte après avoir été battue, mais les autorités ont lié sa mort à des problèmes de santé, niés par ses parents.

Trois mois plus tard, la dissolution de cette police illustrerait “toute la fragilité du régime”, analyse pour Le Parisien le sociologue et auteur du livre “Fenêtre sur l’Iran : le cri d’un peuple bâillonné”, Mahnaz Shirali.

“Les manifestants font déjà plier le régime”

“On ne peut qu’y voir un signe qui démontre la faiblesse du pouvoir face au mouvement de contestation. Malgré les arrestations et les violences qu’ils subissent, les manifestants sont en train de renverser le régime. Les Iraniens, armés uniquement de leur colère, sont plus forts que la République islamique, qui pourtant continue de les réprimer avec cruauté”, souligne le spécialiste de l’Iran.

Créée lors de la révolution islamique de 1979, la police morale a été créée pour « diffuser la culture de la décence et du hijab ». C’est-à-dire veiller au respect du code vestimentaire de la République islamique, notamment en imposant le voile aux femmes. Composée d’hommes en uniforme vert et de femmes en tchador noir, cette section patrouille dans les rues, scrutant les vêtements et procédant à des arrestations arbitraires.

Les manifestants “exigent la sortie du régime”

Déjà à cette époque, « cette police inspirait une peur terrible. Il était composé de gens extrêmement agressifs », ajoute Mahnaz Shirali. “Des femmes étaient régulièrement arrêtées et condamnées au fouet, car les autorités estimaient que leur voile n’était pas conforme”. Le rôle de cette patrouille a évolué au fil des années, mais a toujours reçu son lot de dénonciation, même de la part des ONG.

En juillet dernier, le dirigeant ultraconservateur du pays, Ebrahim Raïssi, avait appelé à la mobilisation de “toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile”. Le zèle des autorités s’était accru, avec une multiplication des contrôles et des arrestations. En septembre, la mort de Mahsa Amini, accusée de ne pas respecter “les bonnes mœurs”, a ouvert une brèche, déclenchant une vague de manifestations menées par des femmes qui criaient à leur soif de liberté. Preuve que le régime tremble, les autorités avaient encore annoncé vendredi que les autorités travaillaient sur la question de l’obligation du port du voile.

La rigidité d’un pouvoir ultra-conservateur se heurte désormais au désir de modernité des jeunes générations. Et si la suppression d’une patrouille tant décriée allait “marquer une étape”, elle ne suffirait pas à freiner la révolte d’un jeune homme dans la lutte contre l’autoritarisme d’Etat, juge Mahnaz Shirali. « Les revendications de la société iranienne vont plus loin. Elle ne demande pas seulement la suppression d’une force de police ou le port du voile, mais le départ de tout un régime », insiste Mahnaz Shirali, pour qui les manifestations doivent se poursuivre.

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