Masters 1000 Bercy – Gilles Simon, semaine folle et grande émotion : “Je repars vide”

Gilles Simon était assis sur sa chaise, les yeux bien fermés, en retrait pendant quelques secondes. Après les derniers sacrements, Félix Auger-Aliassime, son bourreau définitif, rendit son premier hommage. Il ne lui a fallu que deux fois cinq cartes pour cela : “Merci Gil!“. Message au marqueur rouge à la caméra. Simple mais poignant, tout comme la cérémonie qui a suivi et il ressemblait au désormais ancien joueur, membre de la bande des quatre qui a gardé le tennis français proche pendant plus de quinze ans.

Il n’y a pas grand chose à dire sur ce troisième match de sa semaine parisienne, “un de plus” comme le reconnaît lui-même Simon, puisqu’il n’avait plus les moyens physiques de concourir. S’en fiche. Le plus important était ailleurs. Les Niçois ont réussi leur sortie à Bercy, soit à cause de leurs deux victoires face à Andy Murray et Taylor Fritz, soit à cause de leur défaite de jeudi. Même si cela signifie perdre, il est content que ce soit contre ce jeune Canadien qu’il admire tant. Et réciproquement.

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“Merci Gilou !” : l’hommage d’Auger-Aliassime à Simon”

Gilles est quelqu’un que j’apprécie beaucoupa confié la FAA au micro d’Eurosport. C’est le joueur avec qui j’ai le plus de conversations. Je me souviens surtout qu’en 2020 nous avons passé deux semaines ensemble à Cologne dans une bulle… Nous ne pouvions pas sortir, nous passions chaque dîner et chaque déjeuner à parler de tennis. C’est le joueur avec qui j’ai le plus appris, sur le court mais aussi en dehors..”

CNN et Las Machetas

La meilleure façon de lui montrer ce respect de manière concrète était de la battre fort, comme une bonne compétitrice. Auger-Aliassime s’est isolé du contexte pendant le match, du premier à l’avant-dernier point. Là, avoue-t-il, il a pensé à tout ça : “Sur le court, on oublie un peu, on est concentré sur l’instant, nous dit Mais c’est vrai que quand il y avait balle de match je me disais ‘Si je gagne ce point, c’est le dernier point pour Gilles, c’est vraiment la fin pour lui’. Ce fut un moment spécial avec beaucoup d’émotions. Je suis ravie que tu aies eu une si belle cérémonie.”

“C’est le joueur dont j’ai le plus appris”, remercie Simon Auger-Aliassime

Pendant ce temps, d’autres marques d’affection se sont ajoutées à celle du Québec. Ceux de ses amis Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils, notamment. Ils étaient présents lundi soir lors du match face à Murray, mais absents ce jeudi. Qu’importe, leurs messages ont été diffusés sur l’écran géant de l’Accor Arena. Le Manceau a fait rire en énumérant un à un tous les surnoms que “Gilou” a reçus au fil des ans. “On t’a surnommé ‘CNN’, parce que tu ne te tais jamais. ‘Las machettes’ aussi (la machette) pour tes phrases sanglantes», a lâché Jo. Gaël Monfils, évoquant l’extrême gentillesse et l’humanité de son ami.

L’autre moment fort est venu lorsque Gilles Simon s’est adressé à sa famille, faisant écho aux propos de Roger Federer à Londres il y a quelques semaines. “Je sais à quel point tout cela a été dur pour toidit-il à sa femme Carine, cette contradiction entre ces moments où je sais que tu es si fier de moi quand j’arrive à faire ce que je sais faire sur le terrain et tous ces moments où tu n’en peux plus et tu veux que ça s’arrête… Toute cette phase de l’ombre que personne ne connait mais à ma connaissance, toute cette carrière professionnelle mise entre parenthèses, ce qui parait normal mais on sait tous les deux que ça ne l’est pas… Je suis très contente de vous dire que c’est fini !

“On t’a surnommé ‘CNN’, parce que tu ne l’éteins jamais”: “Tsonga et les autres saluent Simon

Combien de sons laisses-tu, papa ?

Puis, à ses deux fils, Valentin l’aîné et Timothée le cadet, pour qui avoir un père champion de tennis était à la fois une chance et un sacrifice. “Tu as adoré venir aux tournois, tu as trouvé ça fabuleux, ajouta-t-il à l’adresse du plus jeune des deux. Nous avons fait les cinq premières années ensemble, puis il y a eu une grande passion dans votre vie qui a commencé… l’école. Et puis il fallait y aller tous les jours, c’était moins marrant et à partir de ce moment-là tu as commencé à me demander ‘tu pars combien de temps, papa ?’. Et tu as remarqué que j’ai laissé plus de sons que je n’en suis resté. Et à partir de là, une seconde question s’est posée : ‘quand est-ce que tu t’arrêtes ?’ Et je sais que ces dernières années ont été très difficiles.”

Beaucoup plus fort mentalement que Federer à la Laver Cup (attention : je plaisante), Gilles Simon n’a pas pleuré et on se demande comment il a fait pour ne pas craquer. Dans les gradins, de nombreux yeux sont devenus rouges. Lui-même est surpris, mais il a une explication : il était trop épuisé pour cela. “Ça aurait été très différent si ça avait été le premier tour, il juge Tout aurait pu se passer très différemment et je pense, heureusement pour moi, que la fatigue me permet de rester plus calme. J’étais plus calme que je ne le pensais. Je suis très fatigué, je pense qu’il est utile de rester calme et détendu, car je sens toujours des émotions monter, mais je suis trop fatigué pour les gérer. Peut-être que ça arrivera plus tard.”

ça fait toute la semainetrès long” Simon avoue. Maintenant qu’il peut le dire, il avait peur de s’égarer : “Je savais qu’il y aurait beaucoup de monde, je ne savais pas comment j’allais jouer, si j’allais faire match nul contre Andy (Murray). Je voulais juste profiter du public une dernière fois parce qu’à ce stade, à ce niveau, c’est tout ce qui compte. Je n’avais pas l’intention de gagner le tournoi et je n’avais pas besoin de points pour participer au prochain tournoi. J’allais juste sur le court, essayant de faire un match décent avec un bon niveau pour profiter du public une dernière fois. je ne savais pas si j’en serais capable.”

Face à Auger-Aliassime, un Simon combatif jusqu’au bout

Je ne manquerai pas le poulet au riz blanc avant le match

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas raté son dernier rendez-vous. Vous pouvez partir en toute tranquillité. Heureux d’avancer. La vie sur le circuit”ça devenait dur“, confie-t-il et les émotions vécues à Bercy ne font que renforcer son envie de tourner la page pour de bon.”Cette semaine a été très difficile et en deux matchs je pars complètement épuisé. Ça me rappelle pourquoi j’arrête. Il y a une partie de moi qui est soulagée que ces choses soient finies.”

Mais ne vous y trompez pas. Gilles Simon ne crache pas dans son bol, ce qui a presque toujours alimenté son existence. Aujourd’hui, il se considèretriple chance“. Chanceux d’avoir été joueur de tennis, de l’avoir été longtemps et d’avoir pu choisir sa sortie. Mais oui, la vie d’un joueur professionnel exige certaines choses qu’il est heureux de garder.”Ce n’est pas comme si c’était du bonheur de 8h jusqu’à l’heure du coucher. Certaines choses qui s’arrêteront, je ne les manquerai pas. Je ne manquerai pas le riz au poulet d’avant-match, je ne manquerai pas les aéroports… J’ai une liste comme celle-ci.”

Maintenant, la suite attend. Au tennis ? Pas trop loin, probablement. Il veut transmettre. Comment? Avec qui ? Fondamentalement? Au plus haut niveau ? Tout reste flou. “Ce que je veux faire n’est pas encore clair, mais l’envie de transmettre, je sais qu’elle sera là à un moment donné, il admet. C’est déjà là, mais je n’ai toujours pas le formulaire, je ne sais pas comment je vais le faire, ni quand, car il y a quelque chose de plus important à transmettre pour moi en ce moment : c’est ma famille. Je vais essayer d’en profiter au maximum, restez chez vous. J’ai aussi le temps de diffuser. Je pense que ce sera décidé dans un an ou deux.” D’ici là, repos. Bien mérité.

Gilles Simon

Crédit : Getty Images

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