AFP, publié le dimanche 4 décembre 2022 à 16h34
Les pays producteurs d’or noir de l’Opep+ ont laissé leurs quotas de production inchangés dimanche dans un climat très incertain, à la veille de l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions visant la Russie.
Les représentants des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) dirigés par Riyad, et ses dix alliés menés par Moscou, se sont mis d’accord pour maintenir le cap décidé en octobre d’une réduction de deux millions de barils par jour jusqu’à la fin de 2023, ont indiqué à l’AFP deux participants à la réunion.
Un communiqué de presse a confirmé la poursuite de la stratégie actuelle, adoptée pour soutenir les prix.
“Ce n’est pas une grande surprise”, a commenté l’analyste d’ABN Amro Hans van Cleef, rappelant que l’alliance avait déjà “mis en garde contre un ralentissement de la croissance économique et, par conséquent, de la demande de pétrole brut”.
Ces dernières semaines, les prix des deux benchmarks mondiaux ont perdu du terrain et se situent entre 80 et 85 dollars, loin de leurs sommets à plus de 130 dollars atteints en mars après le début de l’invasion de l’Ukraine.
Ce qui, “rétrospectivement, valide notre ligne de conduite”, a fait valoir l’Opep+, qui s’était attiré les foudres de la Maison Blanche en coupant ses quotas.
La prochaine réunion a été fixée au 4 juin 2023, mais le groupe s’est dit prêt à se réunir “à tout moment” entre-temps pour prendre “d’autres mesures immédiates” si nécessaire.
– La Russie à l’honneur –
La décision a été prise à l’issue d’une rapide réunion en visioconférence, l’Opep+ revenant à ses habitudes acquises lors de la pandémie de Covid-19 après une réunion exceptionnelle début octobre au siège du cartel à Vienne.
Les spéculations avaient subi une coupe plus drastique, mais le groupe a préféré attendre face à “l’incertitude sur l’impact sur la production de brut russe” du nouveau train de sanctions, a souligné Giovanni Staunovo, analyste chez UBS interrogé par l’AFP. .
La Russie s’oppose au plafonnement du prix de son pétrole que l’Union européenne, le G7 et l’Australie prévoient de mettre en place lundi “ou très peu de temps après” pour priver la Russie des moyens de financer sa guerre en Ukraine.
Le prix du baril de brut de l’Oural oscille actuellement autour de 65 dollars, à peine au-dessus du plafond de 60 dollars.
Mais le Kremlin a prévenu qu’il ne livrerait plus de pétrole aux pays qui adopteraient ce mécanisme, une position qui a été réaffirmée dimanche par le vice-Premier ministre russe en charge de l’Energie, Alexander Novak.
Cité par les agences de presse russes, il a même affirmé que la Russie travaillait “sur des mécanismes pour interdire l’utilisation de l’outil de limitation, quel que soit le niveau fixé”.
“Une telle ingérence ne peut que conduire à une déstabilisation supplémentaire du marché et à des pénuries de ressources énergétiques”, a-t-il déclaré.
Moscou sera également touchée à partir de lundi par un embargo de l’UE sur son pétrole maritime.
– Et la Chine aussi –
Autre élément qui a influencé le statu quo, selon l’expert d’UBS, “un certain assouplissement” des strictes restrictions sanitaires en Chine, susceptible d’apaiser les inquiétudes du marché.
La demande de ce pays, qui est le premier importateur mondial de pétrole brut, est scrutée par les investisseurs, et le moindre signe de ralentissement économique ou de nouvelle épidémie a un impact direct sur les prix.
Dans ce contexte morose et au milieu des craintes d’une récession mondiale, le Brent de la mer du Nord et son homologue américain, le WTI, ont chuté d’environ 8 % depuis la dernière réunion de l’organisation au début du mois d’octobre.
Si l’Opep+ optait dimanche pour la prudence, l’alliance pourrait dans les prochains mois “adopter une position plus agressive”, dans un avertissement à l’Occident qui pique les 23 pays régulateurs des prix, prédit Edoardo Campanella, analyste chez UniCredit.
Pour Hans van Cleef, il reste maintenant à voir comment les marchés réagiront à la reprise des échanges lundi. En tout cas, le maintien de la stratégie OPEP+ conjugué aux sanctions à Moscou « risque de faire monter les prix », estime-t-il.