« Think punk » : le cancer du sein au prisme du genre

Manon Garcia et Simone de Beauvoir rappellent que le corps de la femme est un « corps social » avant même d’être un « corps vécu ». Dans le cas du traitement du cancer du sein, il s’agit avant tout d’une injonction à la féminité à travers les soins prodigués dans le cadre de la « reconstruction ».

Ces mandats s’inscrivent dans un système hétéronormatif et sexiste, qui renvoie les femmes à leur statut d’objets dédiés au désir des hommes. Sous couvert de “réparer” le préjudice psychologique induit par une “image de soi” dégradée par la maladie et les traitements, ces mandats s’enchaînent à des protocoles qui objectivent les patients et mettent en place un cadre rassurant et en porte-à-faux à la tête de l’équipe. . le concierge

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Le premier exemple que je voudrais interroger est celui de la congélation des ovocytes, qui est systématiquement proposée aux patientes en âge de procréer devant subir une chimiothérapie. S’il reste un choix personnel, le fait même d’enquêter sur la patiente dans le cadre du protocole la confronte à la question de la maternité et de son « destin » de femme, de corps social. Si pour certaines femmes la décision peut sembler claire, pour d’autres, selon l’âge, le statut social, l’état civil, voire la culture, cette remise en cause imminente peut être brutale et cristalliser toute la pression sociale qui pèse sur les femmes autour de la procréation. Le fait que la congélation des ovocytes soit automatiquement prévue dans la prise en charge des patientes est un signe que le corps des femmes est un lieu de perpétuation des espèces, ce qui peut être un conflit interne pour certaines femmes.

Ensuite la première trace visible laissée par les traitements est celle de l’opération, qu’il s’agisse d’une mastectomie radicale (ablation totale du sein) ou d’une tumorectomie (ablation partielle), l’intervention entraîne une mutilation. L’autre effet visible le plus souvent associé à l’image que l’on se fait de la maladie est l’alopécie (perte des cheveux, des poils et des sourcils) provoquée par la chimiothérapie. Que ce soit la mastectomie ou l’alopécie, c’est l’atteinte à la féminité qui traverse le discours autour de la maladie, avec tout ce que les seins recouvrent comme fonction sociale, que ce soit l’ordre de la sexualisation ou la maternité.

Mais, fondamentalement, c’est d’abord et avant tout une atteinte à l’intégrité physique. Les récits intimes du réveil postopératoire révèlent cette dichotomie entre discours et vécu. Loin du moment qu’elles avaient fantasmé lorsqu’elles s’effondraient en découvrant une partie de leur féminité à jamais amputée, c’est pour beaucoup de patientes un moment de soulagement : le mal est éradiqué. Mais cette image de “petite” femme renvoyée par le personnel soignant et son entourage prend le pas, laissant place au regard dominant et essentialisant.

Les patients découvrent alors un métier qui, pour la plupart, leur était inconnu jusque-là : l’infirmière esthéticienne. A peine remises des douleurs lancinantes, découvrant les sensations fantômes d’un membre amputé, et entraînant avec elles les drains incrustés dans la peau, elles doivent faire face à une esthéticienne experte en oncologie qui vient leur expliquer comment poser une prothèse qui comblera le vide. . laissé pour suppression. Cette intrusion fait partie du protocole, et pourtant les patients n’ont pas été consultés au préalable.

Prises dans cette course à la féminité retrouvée, la plupart des patientes n’ont pas le temps de se poser des questions. Mais cette démarche interroge au moins la finalité de ce genre d'”attention”. Prothèses, bonnets, perruques aident à rester “toujours belle”, comme le rappellent les nombreuses campagnes marketing, montrant les tons rosés de l’éternel féminin.

Enfin, quant aux traces les moins visibles, la liste est longue et non exhaustive. Dans le cas des cancers du sein hormono-dépendants, on peut citer les effets secondaires de l’hormonothérapie proches des effets de la ménopause (chez les patientes plus jeunes on parle aussi de « ménopause artificielle ») : arrêt des menstruations, sécheresse vaginale, perte de libido, prise de poids, fatigue, dépression, perte de concentration, douleurs articulaires…

Cette image de “petite” femme véhiculée par le personnel soignant et son entourage s’éclaircit au profit d’un regard dominant et essentialisant.

Cependant, Maëlle Sigonneau a attiré l’attention sur un chiffre qui retient l’attention : une femme sur six déclare ne pas suivre, ou mal, son traitement lorsqu’il est administré après des traitements curatifs pour prévenir les récidives et que cela pourrait “sauver leur vie”. Ces chiffres, qui ne reflètent que le visage déclaré, posent une fois de plus la question du poids des ordres patriarcaux, qui conduisent certaines femmes à préserver leur capacité à procréer, leur figure ou leur disponibilité sexuelle, plus que leur vie.

Il n’est donc pas paradoxal, comme le soulignait Maëlle Sigonneau, que des patients qui subissent tous ces traitements lourds dans l’espoir de vivre longtemps, et donc de vieillir, se plient à l’absurdité des exigences de jeunesse et de beauté. Mais les mandats sont puissants et préexistent à la maladie. Ils aspirent à un idéal inaccessible qui a la force de faire taire et d’adoucir les aspérités de leur monstruosité.

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