Plusieurs explosions se sont produites ce mercredi vers 14 heures dans une usine classée Seveso de Bergerac (Dordogne), faisant un blessé grave “en urgence absolue” et sept “en urgence relative”, selon la mairie. “La situation est désormais sous contrôle”, a déclaré le sous-préfet Jean-Charles Jobard vers 17h20.
Les explosions ont eu lieu dans un immeuble de l’entreprise Manuco, située dans l’ouest de la ville, qui produit de la nitrocellulose pour munitions dans un site de Seveso classé “seuil haut” pour le risque incendie et toxique. “A ce stade, l’incident n’a pas d’impact à l’extérieur du site”, a indiqué la préfecture dans un communiqué.
“Les fumées de l’incendie ne présentent pas de danger particulier pour la santé humaine ou animale et l’environnement”, a ajouté la préfecture. L’eau utilisée pour éteindre l’incendie a également été recueillie par les bassins de rétention prévus à cet effet sur le site, dont le personnel a été évacué dans l’après-midi.
La “nitrocellulose contenue dans un atelier s’est enflammée lors d’opérations de maintenance”, a indiqué dans un communiqué le groupe Eurenco, leader européen du secteur des poudres et explosifs, et a ajouté que “la cause de l’accident est pour le ‘moment indéterminé'”. “Le centre opérationnel départemental a été activé en préfecture”. Un périmètre de sécurité a été établi autour du site et 61 pompiers, 32 moteurs et deux hélicoptères du Samu sont intervenus.
Des moyens importants sont déployés suite à l’incendie survenu après une explosion dans une usine de Bergerac. A ma demande, le préfet a activé sa cellule de crise. 7 blessés sont soignés. Avec @ChristopheBechu, on suit la situation de près. https://t.co/QeQaYgGI1p
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) 3 août 2022
Le préfet a activé son centre de crise, à la demande du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a-t-il précisé sur Twitter. “Vous êtes soigné pour sept blessés”, a-t-il ajouté. L’homme grièvement blessé a été transporté par avion au CHU de Bordeaux et les sept autres ont été évacués vers différents hôpitaux de la région, a précisé le sous-préfet Jean-Charles Jobard.
Le plan blanc s’est déclenché un temps à l’hôpital de Bergerac, afin de faciliter la prise en charge des sinistrés, précise la préfecture. Trente-cinq personnes ont été prises en charge provisoirement par les secours du site, sans avoir été blessées.
“Opérations d’entretien”
Sur les lieux, ça sonnait encore, Enzo Granger, 28 ans, chaudronnier pour un sous-traitant, a déclaré à l’AFP avoir entendu “six à sept explosions”. Et c’est à la fin du troisième qu’il “s’est mis à courir”, voyant “des morceaux de briques qui partent dans tous les sens, des morceaux de fer, des fenêtres”.
Il rapporte avoir vu “comme une sorte de bulle d’air sortir des bâtiments lors des explosions”, “l’explosion” et “l’onde de choc”. “Je me disais : ‘On ne voit ça que dans les films.’ Là, “un homme est sorti avec une tête saignante”, le “crâne ouvert”. “Il lui manquait une chaussure, je l’ai aidé à marcher.”
Selon le sous-préfet, les explosions ont eu lieu dans un bâtiment contenant “moins de deux tonnes de nitrocellulose”. Une quarantaine de personnes étaient présentes sur les lieux. Tout le personnel du site a été évacué, mais il n’y a plus de risque de surexplosion.
“Nous avons entendu deux détonations, dont une qui a secoué les vitres”, a déclaré Parisiana Manon, 28 ans, qui habite juste à côté de l’usine, après l’incident. Le site héberge de la nitrocellulose “pour des raisons à la fois militaires et civiles”, pour “des explosifs dans les armes” et pour des “airbags de voiture”, explique le maire de la commune.
En fin d’après-midi, seuls un camion et deux camions de pompiers restaient devant les grilles du site. Les employés, indemnes et rassemblés dans la cour d’un immeuble, avaient été soignés par la Croix-Rouge avant de quitter les lieux.
Toute la promenade qui mène au site, situé à moins de 4 km du centre urbain de Bergerac, a été bouclée par la police et fermée à la circulation pendant plusieurs heures. Jean-Charles Jobart, sous-préfet de Bergerac, a indiqué qu'”une enquête administrative serait nécessaire pour déterminer les causes de cet incident”.
La société Manuco a été rachetée en 2021 par Eurenco, leader européen dans le domaine des poudres et explosifs selon son site internet. A l’Assemblée nationale, le gouvernement a exprimé mercredi sa “solidarité avec les victimes et leurs familles”, par la voix du ministre délégué à l’Industrie Roland Lescure.