L’entrée du Parlement européen à Bruxelles, le 9 décembre 2022. KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Face aux révélations sur le “Qatargate” et l’information judiciaire belge sur cette affaire de corruption et de blanchiment d’argent impliquant des membres du Parlement européen, une nouvelle certitude émerge : désormais il faut aussi parler d’un “Morocgate”, car les éléments qui l’enquête menée par le juge bruxellois Michel Claise désigne le royaume chérifien comme l’un des autres acteurs clés de ce dossier.
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“Une saga aussi grave par son ampleur qu’épouvantable par le fait qu’elle aurait pu durer si longtemps, apparemment à l’insu de tous”, a déclaré un député européen vendredi 16 décembre. S’il connaissait certains des acteurs impliqués – dont cinq sont actuellement jugés et trois incarcérés -, l’élu a aussi assuré qu’il n’avait lui-même jamais entendu parler du moindre soupçon qu’il aurait couru dans les sections des institutions de Strasbourg. ou Bruxelles.
Un homme, l’ancien député socialiste italien Pier Antonio Panzeri, est au carrefour de la double enquête sur le Qatar et le Maroc. Et l’ONG Fight Impunity, qu’il a co-fondée, était un rouage essentiel du système utilisé par les deux pays. Un chercheur belge qui s’est confié au journal italien La Repubblica le présente comme “un vrai danger pour l’équilibre démocratique”.
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Selon l’enquête, l’ONG basée au cœur de Bruxelles aurait reçu de l’argent du Qatar, principalement via le ministre du Travail de l’émirat, Ali Ben Samikh Al-Marri. Il s’est rendu à plusieurs reprises à Bruxelles, soucieux de redresser l’image de son pays où, selon des estimations difficiles à confirmer, de nombreux ouvriers seraient morts dans la construction de la Coupe du monde entre 2011 et 2020.
“Un pacte secret”
Selon les enquêteurs, Fight Impunity et son chef, M. Panzeri, eux aussi, recevaient de l’argent du Maroc, par l’intermédiaire d’un diplomate, Abderrahim Atmoun, actuel ambassadeur en Pologne. Le député européen italien et M. Atmoun a coprésidé la commission conjointe Maroc-Union européenne (UE) et a été photographié ensemble à plusieurs reprises, lors de réunions à Bruxelles et à Rabat. Selon les médias belges Knack et Le Soir, c’est par l’intermédiaire de M. Atmoun que M. Panzeri aurait noué, en 2019, “un pacte secret” avec la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur du Maroc.
Les documents les plus anciens et les plus confidentiels de la mission marocaine auprès de l’UE, rendus publics par un hacker en 2014 et 2015, ne certifient pas que M. Panzeri ait été payé par les services secrets de Rabat ou qu’il en ait été l’un des agents. Mais ils sèment la confusion : décrit comme un potentiel “allié de poids”, un “ami proche” du Maroc, capable notamment de “contrecarrer l’activisme grandissant de nos adversaires au sein du Parlement”, M. Panzeri se présente comme celui qui pourra. défendre le principe de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. Présenté en 2013, le rapport de Charles Tannock, un conservateur britannique, était alors censé détailler les violations des droits de l’homme par le Maroc dans cette région.
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